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La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Stieg Larsson (Actes Sud)

vendredi 16 mars 2007


Une brindille. Un petit bout de femme d’un mètre cinquante pour quarante-deux kilos. Piercings et tatouages compris. Curieuse héroïne pour un roman suédois. La demoiselle s’appelle Lisbeth, mais surtout ne pas se fier à ce gentil prénom. Car Lisbeth Salander est une espèce de monstre. Avec, dans le désordre : un talent de hackeuse informatique irrésistible, une mémoire photographique incroyable, une solide formation de boxeuse poids super-mouche, un passé psychiatrique chargé. Le tout emballé dans un sens moral plus que particulier. Lisbeth peut tuer si elle le juge juste. Voilà donc posé le caractère d’un sacré personnage, genre super-héros de nos frustrations enfantines, quand on rêvait de mettre la pâté à plus grand et plus fort. Tout le monde est forcément plus grand et plus fort que Lisbeth. Mais personne ne lui résiste. Question de détermination. Gamine, elle rêvait d’ailleurs d’un bidon d’essence et d’une allumette, comme nous l’explique le titre. Pourquoi ? 653 pages vous permettront de répondre à cette question. C’est beaucoup, et ce n’est pourtant pas suffisant. Car en refermant le pavé, on en redemande. Autant dire que Stieg Larsson est donc une révélation de taille. Le deuxième tome de sa trilogie Millénium se révèle encore supérieur au roman inaugural (Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes), parce qu’il se concentre justement sur le phénomène Lisbeth autour duquel s’enroule toute l’intrigue. Dans le premier volume, Lisbeth étonnait certes énormément, mais n’occupait qu’une place de faire-valoir aux côtés de Mikael Blomkvist, journaliste incorruptible de la presse économique. Dans La Fille qui..., Lisbeth est au cœur d’un récit foisonnant, pièce centrale d’un puzzle que Larsson assemble avec une efficacité redoutable et jamais pesante. Les facilités sont rares (même si le piratage informatique permet bien des raccourcis) ; tous les protagonistes, même secondaires, existent et surprennent, les rebondissements inattendus abondent, et la sobriété du style sert au mieux le déroulement de l’action. Ce sans-faute finit même par mettre un sérieux coup de gourdin aux autres réprésentants du polar suédois. Et en patientant jusqu’à la sortie en 2007 du dernier tome de Millénium (La Reine dans le palais des courants d’air), on ne peut que déplorer la mort prématurée (à 50 ans en 2004) de cet auteur assez sidérant, qui laisse au genre une trilogie qui s’impose avant même son terme comme une des meilleures enquêtes de police-procedural de ces dix dernières années.