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Les Anges brisés de Somerstown

Graham Hurley (Folio Policier)

mardi 6 février 2007


« Pour moi, le défi est de traduire les pressions sociales en un récit qui agrippe le lecteur », résume Graham Hurley. Le cahier des charges est parfaitement rempli avec Les Anges brisés de Somerstown, troisième et excellent roman de notre auteur mettant en scène l’inspecteur Joe Faraday. Plus notre homme avance dans sa « carrière », plus il patine dans une cité où des gamins de dix ans vivent dans des immeubles en ruine, où les mères n’attendent rien qu’un autre lendemain qui déchante, où de méchantes frappes narguent une police impuissante malgré ses rodomontades. Faraday relève les compteurs d’une Angleterre travailliste qui craque sous le vernis clinquant, avec en bandoulière son humanisme de plus en plus fatigué. On retrouve avec plaisir le brave inspecteur et ses collègues, on suit les manoeuvres de leur hiérarchie contrainte à l’agitation vaine, on liste les conséquences sinistres d’une déliquescence sociale que rien ne semble pouvoir freiner. « Putain, mais qu’est-ce qu’on a fait pour en arriver là », lance un de ses personnages. Le constat fait frémir, bien sûr, d’autant qu’Hurley le souligne avec beaucoup d’intelligence, sans excès ni pathos. La même sensibilité est à l’oeuvre pour décrire la vie privée de Faraday, chaotique elle aussi avec son lot de trahisons et d’incompréhensions. Hurley monte donc en puissance et s’impose définitivement au sommet du police procedural actuel. En compagnie de Mankell, Harvey, Rankin, Indridason. Fine équipe.