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Trois femmes

Boston Teran (Le Masque)

mardi 12 décembre 2006


Nous avions laissé Boston Teran ensablé avec son Satan dans le désert. Fatigué par la débauche d’énergie assez vaine de ce roman souvent porté au pinacle, nous avions préféré éviter d’explorer son Discovery Bay. Mais comme la réputation du bonhomme reste assez gonflée, abordons sans trop de préjugés sa dernière livraison : Trois femmes. D’emblée, plutôt une bonne surprise. Teran abandonne son style au lyrisme souvent alambiqué pour une approche plus simple, plus directe. Bon point, d’autant que ce choix colle bien au récit du destin de ses trois héroïnes dans le Bronx des années 1950 à 1970. Au fil des pages pourtant, l’intérêt s’effiloche assez vite, Teran finissant par se perdre dans un pathos psychologique un tantinet neuneu. Sa noirceur se teinte de rose guimauve. La violence de son intrigue se dilue au point de se révéler sans véritable enjeu, élément d’un décor carton-pâte sans profondeur. On suit en fait cette « tragédie grecque » (selon l’auteur) comme une telenovela brésilienne, en se laissant accrocher parfois (on est bon public, tout de même), mais avec un sentiment de vide à l’arrivée. Que retenir ? Que Boston Teran n’est certainement pas le nouveau Jim Thompson comme certains le suggèrent. Ces personnages ne souffrent pas de cette « cirrhose de l’âme » qui dévore le peuple thompsonien, sa noirceur jamais n’atteint la puissance dévastatrice du grand Jim, et Teran n’offre jamais ces éclaircies humoristiques ou poétiques qui déchirent et transcendent l’univers du maître. En somme, Teran confirme : petit joueur.