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Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

Thierry Jonquet (Seuil)

mardi 21 novembre 2006


Et bienvenue au royaume de la caricature. Pour son dernier roman social et très noir, Jonquet ne fait pas dans la dentelle. En banlieue, tout est pourri ma bonne dame et il serait temps d’ouvrir les yeux. Une tripotée d’arabes et de noirs perdus, de « feujs » chair à torture, d’enseignants à la dérive, de magistrats sans illusion, de flics cyniques, de parents démissionnaires, de petits blancs acculés à la haine. Une poudrière, la lie du monde que personne n’ose regarder en face, sauf évidemment le courageux Thierry Jonquet. Son livre, c’est un cri d’horreur, d’effroi, d’alarme. Mais regardez un peu. La réalité vraie. Et osez dire le contraire. C’est bien parce que cette réalité là dérange au plus haut point que tout le monde s’enfonce la tête dans le sable. Et que nous en sommes là. Le roman de Jonquet fonctionne ainsi : par un espèce de chantage au réel, indiscutable, incontestable, imparable. Mettre en doute cette impérieuse prise de conscience relèverait de l’irresponsabilité totale, d’ailleurs à l’oeuvre depuis des décennies. Il ne s’agit pas de mettre en cause les bonnes intentions de notre auteur. Mais simplement de suggérer que ce roman est un double échec. Echec littéraire d’abord. A force de noircir le trait, Jonquet fatigue, ne bouscule pas grand chose et tout simplement emmerde. Ses personnages finissent par n’être que des robots désincarnés, qui ne donnent prise à aucune émotion, et dont on se désintéresse très vite. Un comble. Quelques petites éclaircies dans cette sombritude outrée n’auraient pas été de trop, non pas pour rendre l’affaire plus confortable, pour laisser une place à l’espoir ou à l’optimisme, mais simplement pour donner à voir une complexité pour le coup bien plus réelle que l’univers sans nuance dépeint par Jonquet. Le deuxième échec découle de ce parti pris. A quoi sert ce bouquin ? A interpeller ? A ouvrir les yeux pour ne pas se cacher plus tard derrière un « nous ne savions pas » ? Voire. Il est tout aussi possible qu’il produise un méchant effet boomerang et ne parviennent qu’à justifier les réflexes de peur et le discours sécuritaire ambiant. Aborder ce genre de sujet en se bornant au constat froid, en ne retenant que les pires aspects d’un chaos social certes avéré, en claquant toutes les portes sur tous les protagonistes, fausse la donne et distribue dangereusement les cartes. Très mauvaise pioche.