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De la Suite sans les idées

A propos de la collection Suite Noire

vendredi 27 octobre 2006


La nostalgie, camarade, certes bien en vogue en notre bonne France du début du XXIe siècle, n’en est pas moins follement gonflante. Ainsi du dernier projet de Jean-Bernard Pouy, la collection Suite Noire, hommage suranné à la grand-mère Série Noire, l’historique, la seule, l’unique. Car pour Pouy, bien sûr, la nouvelle orientation prise par la Série Noire, avec son grand format, ses auteurs plutôt d’ailleurs, et son horriblement jeune directeur (30 ans, arghh !), est une trahison de l’esprit d’antan, l’époque où c’était mieux je vous dis. Alors voilà la fausse bonne idée de sa Suite Noire : des petits volumes de moins de cent pages, la jaquette cartonnée comme hier, avec du noir et une couleur (mais pas le jaune, prohibé par Gallimard), et la convocation de tous les Français jadis publiés pour un tour de piste comme à la parade en souvenir de l’ancienne. Dernière précision : les titres donnent dans le jeu de mots parodiant les intitulés majeurs des débuts. On se bidonne (voir ci-dessous). Ligne éditoriale donc : de courts récits sans prise de tête, mouvementés et drôles, évidemment ultra-référencés. Bien. Est-ce si excitant ? Lisons. Le Villard tombe des mains dès la cinquième page, et l’on se demande où est passé le styliste qu’il peut être souvent. Le Pouy radote les gentilles fixettes de notre auteur, le rock , le vrai, les méchants bourges, et ce petit côté les jeunes quand même c’est plus vraiment comme avant. Demure assure un efficace tandem de flic, mais pour une intrigue en roue libre et pneus dégonflés. Le Raynal et le Prudon partent en trombe, mais versent dans le fossé après cinquante pages quand la poilante à vide fatigue les zygomatiques. Seul le Daeninckx, froid et sec, sort vraiment du lot. L’ensemble, avec ses clins d’oeil fatiguants (le Dr Pouy ici, l’apparition fugace de Lecouvreur, alias Le Poulpe, là) sent vraiment la réunion d’anciens combattants qui se marrent bien, mais reconnaissons qu’on se fout pas mal de leurs histoires. D’autant quà dix euros le volume, mieux vaut revisiter leurs autres productions sorties en poche. Reste au final une suite vaine, qui même au niveau présentation s’abîme dans le mauvais goût. La couverture de l’objet est élégante, d’accord, mais la tranche visible dans votre bibliothèque s’affiche plutôt genre manuel scolaire. Naze.

1. On achève bien les disc-jockeys, de Didier Daenincks
2. Quand la ville mord, de Marc Villard
3. Le débarcadère des anges, de Patrick Raynal
4. Le linceul n’est pas qu’aux moches, de Jean-Paul Demure
5. Le petit bluff de l’alcootest, de Jean-Bernard Pouy
6. Ze big slip, d’Hervé Prudon
7. Sur un air de Navarro, de Tito Topin