Accueil > Chroniques > Le fruit de vos entrailles

Le fruit de vos entrailles

Antonin Varenne (Toute Latitude)

vendredi 27 octobre 2006


Credo de la jeune maison d’édition Toute Latitude, née en septembre 2005 : « sortir des sentiers battus et proposer des choses auxquelles les lecteurs de s’attendent pas », résume son gérant Laurent Tranier. Mission accomplie avec Le Fruit de vos entrailles, premier et étonnant roman d’Antonin Varenne, objet éditorial non identifié. Faussement classique : il s’agit de traquer un tueur en série d’artistes, qui massacre justement comme d’autres peignent ou sculptent. Raffinement et esthétisme du meurtre, on connaît la chanson, mais Varenne renouvelle assez bien le refrain. Mais c’est surtout avec ses trois personnages qu’il peaufine sa partition. Le magnifique inspecteur masochiste Heckmann, le papy grincheux mais plutôt lucide R.P, et le stressé papa en devenir détective amateur Max. Trio décalé, drôle autant que pathétique, assez attachant pourtant. Varenne les houspille, les aime et les déteste, s’en approche et s’en échappe, les porte et les laisse en plan. On ne sait trop sur quel pied danser avec eux, pas plus qu’avec le style de l’auteur, parfois bancal, souvent étrange et assez fascinant. Et puis cet impeccable générique de fin, qui nous donne des nouvelles des protagonistes quelques années après les faits : faut-il faire une croix définitive sur Heckmann ? Un petit tour et puis salut ? C’est une des réussites du roman : on promet de lire le prochain Varenne, le premier étant suffisamment déstabilisant pour exciter notre curiosité.