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18 secondes

George D. Shuman (Panama)

jeudi 7 septembre 2006


Marre des manipulations téléphonées du surfait Harlan Coben ? Des autopsies faisandées de Patricia Cornwell ? Des inepties mystigriri de Maxime Chattam ? Marre surtout que de tels faiseurs occupent le devant de la scène médiatique ? Ne cherchez plus : votre homme s’apelle George D. Shuman, parfait débutant dans le genre, mais qui vient de réaliser avec 18 secondes une entrée des plus fracassantes au pays du thriller. On peut pourtant craindre le pire en survolant les ingrédients de son premier roman publié (le deuxième écrit, en fait) : un tueur en série en manque de tendres jeunettes à trucider après des années passées en prison pour de mauvaises raisons, une fraiche nommée lieutenant de police chahutée par ses collègues, et une héroïne aveugle dotée du pouvoir de voir les 18 dernières secondes d’images enregistrées par les cerveaux des cadavres en leur tenant simplement la main. Un trio un tantinet inquiétant. Vus et revus les deux premiers personnages, et on imagine le troisième pour faire dans l’originalité à tout prix, avec multe tirades inconsistantes sur la paranormale compétence de la belle (parce que forcément, elle l’est). Tout faux. Les trois compères sont totalement crédibles, tout autant que tous les personnages secondaires. L’intrigue est aussi savamment dosée, sans effets gratuits, avec une économie de moyens plutôt rare dans ce registre. C’est toute la qualité de Shuman : il sait aller à l’os, sans frime, à l’image de son style, ni trop sec, ni trop dilué. Le bonhomme est un ancien flic de Washington D.C, et sans ramener sa science, il parvient à convaincre et à embarquer son lecteur jusqu’au bout de son histoire, qui réserve quelques belles surprises sans sombrer dans le rebondissement multiple, obligatoire et pénible. Résumons : on tient peut être là un oiseau rare. Les concurrents installés peuvent se faire du mouron. Le petit nouveau leur dame le pion. Et pas qu’un peu.