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Tue-moi à en crever

David Lapham (Delcourt)

lundi 24 juillet 2006


Il faut parfois se méfier des amoureux transis. Il peuvent devenir chiants, prisonniers d’une passion qui les consument sans jamais vraiment faire rougir les braises. Ainsi David Lapham, dessinateur très talentueux, mais qui aime peut-être trop ces films noirs (période 1930-1950) qu’il vante en introduction de son Tue-moi à en crever. Son oeuvre est un hommage, souvent un bien bel hommage visuel (noir et blanc de rigueur), mais aussi un hommage froid et un tantinet poli. Un classicisme qui finit par être épuisant à force de respecter les codes du genre, d’aligner les situations plutôt attendues, de ne jamais bousculer sa matière et ses personnages. La BD souffre d’ailleurs, à notre avis, d’une véritable erreur de casting. Si le héros Steven est parfait en quidam sadisé, en quête de rachat obstiné et aveugle après le « suicide » de sa première femme, sa deuxième partenaire apparaît bien pâle en femme fatale précipitant notre bonhomme dans une spirale destructrice. On peine à croire en sa perversité manipulatrice, en sa personnalité faussement complexe. Tara est même le personnage le moins bien dessiné de l’affaire, et son regard de biche éplorée ou de fieffée salope pousse à ricaner plus qu’à trembler. Un handicap évident sur la révélation finale, convenue, desservie en plus par un découpage ronflant. Tue-moi n’est certainement pas indigne, mais simplement trop propre pour achever le lecteur. Une fois tombée de la dernière case, il ne reste finalement pas grand-chose.