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Out

Natsuo Kirino (Seuil)

mardi 4 juillet 2006


Il ne fait pas bon être femme au Japon. Du moins si l’on en croit Natsuo Kirino, dont le premier roman, Out, publié en 1997 dans l’archipel, arrive aujourd’hui chez nous sans tambours ni tompettes. Déplorable anonymat, car il s’agit sans doute d’une des meilleures sorties noires du premier semestre 2006. Sombres héroïnes donc que les Nippones de Kirino. Elles sont quatre, travaillent de nuit dans une usine de plateaux repas pour gagner quatre sous, pour s’échapper aussi peut-être de leur vie de rien, épouses ou célibataires de banlieues surtout ruinées par la routine et les contraintes sociales. Masako regarde son ménage se figer dans l’indifférence, avec ce fils et ce mari qu’elle ne comprend plus, qu’elle ne veut même plus comprendre. Yoshié s’écrase sous le poids de sa belle mère à torcher, de son homme à nourrir et de ses filles à éduquer. Kuniko croule sous les dettes, à force de consommer comme les lolitas à jupes courtes qu’elle ne peut que haïr, elle la petite grosse qui transpire d’envies. Et Yayoi enfin, qui se croit gentille femme au foyer modèle avec ses deux bambins, si n’était son époux qui joue, qui boit, qui la cogne une fois, une seule mais c’est déjà trop. Yayoi l’étrangle, presque sans faire exprès. Reste un corps. Une saloperie de corps. De la viande même, diront les autres, du moins Masako la froide meneuse. Les femmes vont le découper, ce corps, pour le faire disparaître. Pas par solidarité féminine, non. Personne ne s’aide chez Kirino. Chacune des filles patauge dans le sang et l’horreur. Chacune obéit à ses propres motivations, diffuses, difficilement formulables. Elles tournaient en rond, se cognaient contre les murs, et une porte s’est ouverte. Out. Elles avancent. Sans trop savoir. C’est ignoble et alors ? Elles font avec depuis toujours. Les choses bien sûr vont se corser. Inutile de raconter, l’intrigue est parfaitement construite. Mais ce sont bien ces portraits de femmes fracassés qui font tout l’intérêt de ce roman hors-norme, aussi pervers que subtil. Il ne faut surtout pas s’arrêter à la référence à Hannibal Lecter en quatrième de couverture. Out n’a rien à voir avec Le Silence des Agneaux. C’est mieux. Beaucoup mieux.