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Indélébile

Karin Slaughter (Grasset)

mardi 4 juillet 2006


Voilà donc le dernier roman du « nouveau prodige du thriller américain » (dixit son éditeur tricolore). Le quatrième de la série se déroulant à Grant County, petite ville de ce Sud des Etats-Unis où grandit (en Géorgie) dame Slaughter. Qui porte bien son nom (ou pseudonyme), Slaughter signifiant massacre en anglais. Et de massacre, il est d’entrée question ici avec une fusillade et une prise d’otages bien saignante au commissariat de Grant County. Pourquoi ? D’où viennent les meurtriers ? Pour répondre à ces questions, Slaughter plonge dans le passé et le début de la relation entre Sara Linton, médecin légiste, et Jeffrey Tolliver, le chef de la police, deux des héros récurrents de son univers. Voilà pour le survol rapide de l’intrigue. Disons donc d’emblée que le roman se lit bien, que Slaughter sait dérouler son affaire en dosant ses effets, et avec un abattage plutôt convaincant. On compare souvent la dame à Patricia Cornwell, et ce n’est pas lui rendre justice. Les romans de Slaughter sont nettement supérieurs à la médiocre production récente de Cornwell. Slaughter elle se place volontiers dans la lignée d’Harlan Coben, « la seule personne sur terre autorisée à m’appeler Numéro Deux », écrit-elle dans les remerciements d’Indélébile. Slaughter est trop modeste. Ses romans se classent un cran au dessus des besogneux titres de son maître, prince largement surévalué du thriller actuel. Mais effectivement, ils appartiennent à la même catégorie de ces produits made in USA qui finissent par lasser. Des produits bien ficelés mais sans supplément d’âme, des produits de bons faiseurs qui s’oublient très vite après lecture. Pas de quoi casser trois pattes à un canard, juste l’occasion d’exprimer une certaine lassitude face au déferlement de ce genre de romans sur les rayons des libraires. Pendant ce temps, et puisque nous sommes avec Indélébile dans ce Sud américain cher à nos coeurs depuis Faulkner et Caldwell, des joyaux bruts comme La Culasse de l’enfer, premier roman infernal de Tom Franklin (en 2003, voir nos conseils de lecture), ne trouvent pas leur public. Comparaison idiote ? Bien sûr. Les deux titres n’ont rien à voir. D’un côté un produit moyen-plus de série, de l’autre l’explosion d’un talent de véritable écrivain. La marque indélébile appartient évidemment au second.