Accueil > Mini-bios > Brown Fredric (1906-1972)

Brown Fredric (1906-1972)

mardi 6 juin 2006


Il n’aimait pas écrire. Du moins le prétendait une de ses femmes. Car on connaît désamour moins créateur. Notre homme, en moins de vingt ans, réussit tout de même à publier une trentaine de romans et plus de 270 nouvelles. Et surtout, à sidérer le lecteur dans deux genres : le policier et la science-fiction. Chapeau Mister Brown. Et même double coup de chapeau, car il faut bien enfoncer le clou de l’hommage pour un auteur qui aujourd’hui encore est rarement assis au premier rang de la classe polardeuse. A tort, bien sûr. Peut-être parce que les récits de Fredric Brown sont trop décalés, trop drôles, trop absurdes. Trop browniens, en somme. Uniques.
Fredric Brown est né le 20 octobre 1906 à Cincinnatti (Ohio). Fils unique, et assez vite orphelin. Sa mère décède d’un cancer. Fredric n’a que 14 ans. L’année suivante, c’est son père, journaliste, qui passe l’arme à gauche. Voilà notre bonhomme seul, à 16 ans. Il faut bosser : va pour garçon de course. Pendant deux ans. Puis d’autres petits boulots pour survivre, avant de se poser comme correcteur au Milwaukee Journal. Sa situation se stabilise un brin. Fredric Brown épouse Helen Ruth. Devient papa l’année suivante (James), puis encore deux ans plus tard avec un deuxième garçon (Linn). Son travail l’amène parfois à corriger quelques nouvelles à paraître dans les fameux « pulps » de l’époque. Il se dit qu’il peut mieux faire, que ce n’est pas bien difficile. Le voilà derrière sa machine à écrire.
Première publication en 1938. La nouvelle s’appelle La Lune à un mètre, et s’inscrit au rayon policier. Pour la SF, il faut patienter jusqu’en 1941, avec Pas encore la fin, qui sort dans Captain Future. Cela arrondit les fins de mois, mais pas plus. Brown passe à la vitesse supérieure. Son premier roman s’intitule Crime à Chicago, et met en scène deux personnages, Ed Hunter et son oncle Ambrose, qui évoluent dans le milieu des forains. Ce n’est pas un hasard. Brown fréquentait beaucoup les gens du voyage dans les années 1920. Les deux héros seront appelés à un bel avenir. Mais en attendant, une dizaine de maisons d’édition refusent le manuscrit. Côté ménage, les choses ne vont pas fort non plus entre Fredric et Helen.
Les événements se précipitent en 1947. Le couple divorce, d’un commun accord. L’éditeur Dutton accepte le roman de Brown. Bonne pioche. L’année suivante, le titre décroche L’Edgar du meilleur premier roman de la prestigieuse association des Mystery Writers of America (MWA). Son éditeur lui demande du coup d’assurer une série. Et le tandem reprend donc du service pour six nouvelles aventures, du Fantôme du chimpanzé (1948) aux Dessous de Mme Murphy (1963).
Brown entâme sa période faste. Nouveau mariage avec Elizabeth Charlier, et euphorie créatrice. A côté de son duo, il aligne d’autres petits chefs d’oeuvre, au premier rang desquels La Nuit du Jabberwock (1950) ou La Fille de nulle part (1951) pour le polar, L’Univers en folie (1949) pour la SF.
Le bémol vient de sa santé d’abord. Brown souffre de problèmes respiratoires graves, et déménage d’abord du côté du Nouveau Mexique jusqu’en 1952. Il essaye ensuite de se rapprocher de Los Angeles, et s’essaye alors à quelques collaborations assez décevantes avec Hollywood, mais doit repartir en 1954 vers un air meilleur. Ce sera à Tucson, dans l’Arizona. Il crache alors encore de sacrés bons titres, de Martians go home (1955) à Sang pour sang (1961), mais son emphysème s’aggrave. A partir de 1963, il ne sort plus rien. Commence des projets, mais sans jamais en venir à bout. Son corps le lâche. Il regrette aussi le manque de reconnaissance de son travail. « Les lecteurs aiment mes romans, mais ne savent toujours pas qui les écrit », déplore-t-il. L’injustice ne devait jamais vraiment être réparée, même si les années 1980 allaient être plus souriantes pour la réputation de l’écrivain. Mais il était évidemment trop tard. Fredric Brown est mort le le 11 mars 1972. Il est plus que grand temps de redécouvrir son oeuvre.

Ses principaux ouvrages sont : Crime à Chicago, La Belle et la bête, La Nuit du Jabberwock, Tuer n’est pas jouer, La Fille de nulle part, Ca ne se refuse pas, Qui a trué grand maman ?.