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La Nuit des monstres

Jean-Marie Thiveaud (Métailié)

jeudi 25 mai 2006


Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? Un roman foutraque, pour le moins. Une espèce d’objet non identifié, capable à chaque page de décourager la lecture et de donner envie d’aller plus loin. L’intrigue ? Brindezingue, avec la disparition de quelques spécialistes du troisième âge, puis bientôt des attentats contre des retraités, et une affaire qui dégénère en conflit des générations, jeunes chômeurs d’un côté et vieux fringants de l’autre, tous prêts à faire valoir leurs droits contradictoires. On ne comprend pas tout, mais on sait qui enquête : une jeune commissaire au caractère bien trempé, un capitaine de la police montée canadienne qui sait tenir les rênes et tirer bien des ficelles, un professeur de droit qui fréquente les cabinets ministériels et manipule les polices secrètes, et enfin un jésuite italien qui vaticane le dossier. Car ce dernier, narrateur, fait le récit de cet embrouillamini à son Eminence. On s’accroche au pinceau, avant de retirer l’échelle. L’histoire avance au fil des dialogues ébourrifants que transcrit notre bon jésuite, qui dispose de plus d’un magnétophone dans son sac. Prises de bec drôles, énervantes, toujours décalées, dans un style parfaitement indéfinissable. On ne se risque pas à tirer une morale de cette fable dont on pourrait souligner l’actualité. Mais on peut suggérer la lecture de cette Nuit des monstres, qui n’assure pas forcément de beaux rêves, mais procure le plaisir masochiste d’un réveil dans le noir, sans trop savoir où l’on est.