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La Femme en vert

Arnaldur Indridason (Métailié)

mardi 28 mars 2006


Sans nous chambouler totalement, le précédent roman d’Indridason, La Cité des Jarres, nous révélait tout de même un réel talent à suivre. Dire que La Femme en vert confirme la belle promesse islandaise serait bien plat hommage à ce roman magnifique. Indridason enfonce le clou : son grand sujet, c’est la mémoire, ce passé forcément tourmenté qui s’amuse à ressurgir quand on ne l’attend plus, quand on ne veut surtout plus l’attendre. Le début de La Femme en vert est magistral. Un bébé se fait les dents sur un os. Un os humain. On exhume bientôt un squelette, et voilà le commissaire Erlendur, toujours à son ryhtme, qui s’oblige à replonger dans une histoire vieille de 50 ans. Indridason alterne dans son récit les scènes d’enquête actuelles et le tableau terrifiant d’une famille au lendemain de la seconde guerre mondiale qui vit sous la férule d’un tyran domestique et frappeur. Erlendur fouille, remonte à la surface des horreurs familiales. En écho au drame qui se noue dans la famille d’antan, les ratages et les incompréhensions qui ont ravagé le foyer du commissaire, précipitant sa fille dans une course autodestructrice qui finit dans le mur du coma. Erlendur se débat au milieu de vieux démons, les siens et ceux des autres. Il est douloureux bien sûr de se confronter à ces saloperies là, et Erlendur laisse dans l’affaire quelques plumes. Comment pourrait-il en être autrement ? Un roman sensible, attachant, grave et beau. Indridason n’est déjà plus un auteur à suivre, mais à ne plus manquer.