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Alger la Noire

Maurice Attia (Babel Noir)

mardi 28 mars 2006


Bonne pioche décidément chez Babel Noir. Alger la Noire confirme la bonne orientation de la maison. Le roman vaut évidemment d’abord pour son cadre. Alger, 1962, quand tout part en quenouille. L’OAS qui fait régner la terreur, le FLN qui aligne les attentats, les barbouzes qui n’en peuvent mais. Choisir son camp ? Le héros de l’histoire, le flic Paco Martinez, et sa compagne Irène voudrait bien s’en garder. Mais comment ? Rester en attendant la bombe aveugle ? Se tirer de ce chaos ? L’OAS se charge de calmer définitivement les ardeurs des « traitres » candidats au départ. Marseille et la France se chargent d’accueillir les « indésirables ». Les issues sont étroites pour s’échapper de cette pétaudière. Cette histoire là, on ne la raconte guère dans le roman tricolore. Et c’est la principale qualité de Maurice Attia que de nous plonger dans cette mélasse d’où il est quasiment impossible de sortir la tête propre. Le contexte l’emporte bien sûr sur l’intrigue, d’un intérêt somme toute modique (un double meurtre qui mouille beaucoup de monde), mais on ne peut pas reprocher à l’auteur de la sacrifier au profit d’un message social pesant, comme hélas trop de pisse-copies de chez nous. Non. Attia réussit plutôt subtilement à rendre compte d’une réalité très complexe, à multiplier les points de vue, et à se garder de faciles jugements inopérants face à une situation aussi merdique. Il faut lire Alger la noire pour se souvenir de cela : en pareille circonstance, tout devient incontrôlable et simplement absurde.