Accueil > Chroniques > La Domination du monde

La Domination du monde

Denis Robert (Julliard)

mardi 28 mars 2006


Peut-on lire La Domination du monde sans rien savoir des pérégrinations de son auteur ? Oui, sans doute. On peut alors apprécier un roman vif, construit simplement et sans effets de manche, avec quelques personnages attachants (le psy et l’éditeur surtout). Mais bien sûr, on passe alors à côté du plus fascinant. Non pas du roman à clés qui raconte l’invraissemblable absence de répercussions du travail de notre auteur. Ce récit là est certes sidérant. Ancien journaliste d’investigation à Libération, Denis Robert soulevait en 2001 dans Révélation$, puis en 2002 dans La Boite noire un coin de voile sur les agissements frauduleux de la « banque des banques » luxembourgeoise Clearstream, rouage essentiel de la finance internationale. Ces enquêtes pouvaient déboucher sur un scandale énormissime. Il n’en fut rien, et La Domination du monde explique comment, sinon pourquoi. Le roman est écrit pour cela : en remettre une couche, dire la vérité par la fiction puisqu’il semble impossible de passer par un autre canal. Depuis cinq ans, Denis Robert croule sous les procès (presque tous gagnés, et quelques rares perdus avec un Robert condamné à l’euro symbolique), homme seul et sans grands moyens face à une institution aux mille tentacules et face désormais (début 2006) à un pays, le Luxembourg. Et voilà bien le plus ahurissant. Comment le bonhomme tient-il encore la rampe ? Comment ne sombre-t-il pas, comme le personnage d’Yvan Klebert dans son roman, qui finit par se laisser submerger par sa quête obsessionnelle ? Comment parvient-il à se multiplier ainsi dans son roman, afficher tant de lucidités ? Une partie de la réponse s’offre en conclusion du livre. Robert est persuadé que le temps travaille pour lui. « Un homme seul peut beaucoup, écrit-il (...) A force de le faire passer, le message finira par les atteindre. Et par les laminer ». Le moins que l’on puisse faire est en effet de lire La Domination du monde, et de faire passer le message.