Accueil > Chroniques > Romanzo Criminale

Romanzo Criminale

Giancarlo De Cataldo (Métailié)

vendredi 17 février 2006


Une révélation. Pour le moins. Giancarlo De Cataldo est juge. A la cour d’assises de Rome. Il siège toujours. Tout à son honneur. Mais notre homme est surtout, depuis 1989, écrivain, et désormais célèbre avec l’adaptation cinématographique de ce Romanzo Criminale, roman d’une puissance ébouriffante. Il conte l’histoire de la « bande de Magliana », mauvais garçons des plus réels qui tentèrent de la fin des années 1970 au début des années 1990 d’imposer leur loi mafieuse à Rome. On suit donc le Libanais, le Froid, le Dandy, le Buffle, le Noir et autres sbires dans leur basse besogne, compliquée par le contexte italien de l’époque. Car Romanzo Criminale est aussi une vue en coupe de cette Italie des années de plomb où se télescopent terrorisme noir et rouge, corruption politique et policière, méchantes accointances entre milieu et autorités. La bande pave d’abord sa réputation de cadavres brûlants, peine ensuite à nager dans des eaux trop troubles pour elle, et finit par ne pas survivre à ses dissensions internes, minée par des enjeux qui dépassent ces petits soldats du crime. Côté rue, tous les personnages sont magnifiquement campés, tous existent et ils sont pourtant nombreux. Côté cour, le flic et le magistrat idéalistes (qui perdront bien sûr leurs illusions) sont tout aussi magnifiques, engagés dans une partie qu’ils ne maîtrisent pas beaucoup plus que leurs adversaires. Entre les deux, une femme fatale qui explose tous les clichés du genre, comme la plupart des personnages féminins d’ailleurs. La seule facilité de l’affaire vient peut-être du personnage du Vieux, sorte de deus ex machina qui s’amuse à orienter le chaos, figure symbolique du pouvoir insaisissable, des ombres qui s’agitent toujours en coulisses et que rien, jamais, ne peut atteindre. Mais cette minuscule réserve n’enlève rien à cette épopée criminelle magistrale, plus forte que le plus rebondissant des thrillers, plus noire que le plus sombre des polars. Un roman monstrueux, drôle, surprenant, fascinant de bout en bout. Déjà et sans aucun doute un des plus grands livres de l’année.