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Dictionnaire du roman policier 1841-2005

Jean Tulard (Fayard)

samedi 14 janvier 2006


Doit-on taxer Jean Tulard et les éditions Fayard d’opportunisme ? Allez, ne soyons pas méchant, et accordons à Jean Tulard et à la maison d’Arthème un penchant pour le genre policier qui ne date pas d’hier. Force est pourtant de constater que ce Dictionnaire souffre de mille maux. Ce qui fait tout de même beaucoup pour les 2253 références revendiquées. Les erreurs se ramassent à la pelle, à tel point que notre homme en mériterait un bon coup derrière les oreilles. On s’étonne d’abord du manque de cohérence des fiches. La bibliographie de certains auteurs s’arrête parfois en 2000, ou en 2003, ou en 2005. Allez savoir pourquoi. On pointe également de nombreuses absences, qui ne sont pas que question de goût. Où sont passés les auteurs français prometteurs de ces dernières années ? On cherche en vain Christian Roux, François Muratet, Caryl Férey, Pascal Garnier, Alain Gagnol, entre autres. La plupart des passionnantes nouvelles plumes étrangères pointent aux abonnés absents (les frères Vaïner, Indridason, Thomas Kelly, etc.) ou sont expédiées en quelques lignes indignes (Graham Hurley, David Peace, Jo Nesbo, Chuck Palahniuk, etc.). Le bon Jean s’est-il seulement penché sur leurs oeuvres ? A l’inverse, on peut s’interroger sur certains choix, comme cette longue fiche sur La Muraille invisible, le plus mauvais Mankell. Que penser aussi de la platitude insondable de certains jugements ? Des exemples ? « Tous les thèmes du roman noir sont réunis dans ce remarquable ouvrage », à propos d’Aucune bête aussi féroce de Bunker. Ailleurs : « Le ton des romans de Larry Brown est désespéré et violent ». Tant d’acuité régale ! Du positif dans l’affaire ? La présence de certaines filmographies, le zoom sur quelques perles à redécouvrir (Et tournent les chevaux de bois de Dorothy B. Hugues, Fenêtre obscure de James Durham, Bazar Bizarre de Pierre Siniac, etc.). Peu de chose au final pour beaucoup d’ennui, d’autant que ce dictionnaire ne présente pas la moindre illustration, manque particulièrement cruel. On conseille donc à l’amateur de grossir sa tirelire des 35 euros qu’exige cet ouvrage, dans l’attente, au printemps prochain, de la deuxième édition du Dictionnaire des littératures policières que dirige Claude Mesplède. Lui au moins sait s’entourer de spécialistes compétents et proposer cette « mine sans équivalent » qu’évoque très abusivement Fayard en quatrième de couverture du Nulard. Oups, une erreur de frappe révélatrice...