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Trois mois de fièvre

Gary Indiana (Phébus)

samedi 14 janvier 2006


En matière de docu-fiction, le De sang froid (1965) de Truman Capote reste une référence. Que l’on ressort régulièrement, dès qu’un auteur trempe sa plume dans le même registre. Voilà donc Gary Indiana, propulsé « nouveau Truman Capote » par nombre de chroniqueurs pour son Trois mois de fièvre. Disons tout de suite que le roman peine à porter notre mercure à ébullition. Pour plusieurs raisons. L’histoire d’Andrew Cunanan, triple meurtrier anonyme avant son ultime « fait de gloire », l’assassinat en juillet 1997 du couturier Gianni Versace, présente pour l’auteur un double intérêt : elle lui permet de régler ses comptes avec la presse qui s’empare de ce genre de faits divers avec des gants de boxe et cogne sans complexe sur la réalité au point de la déformer pour donner à voir ce que le bon peuple est censé vouloir regarder ; elle lui donne aussi l’occasion de hurler contre l’homophobie que révèlait cette couverture de presse, l’auteur, homosexuel lui même, connaissant parfaitement le milieu dans lequel nageait Cunanan. Effectivement, Indiana parvient par la force de la « plausabilité » de sa fiction (basée sur sa propre enquête), à restituer sa part d’humanité à un Cunanan confortablement catalogué tueur inhumain par les médias. Le problème vient de la profonde vacuité du personnage, auquel on peine tout de même à s’attacher. Dès lors, on suit distraitement ce calvaire intime qui le conduit à l’irrémédiable, et tous les efforts d’Indiana ne parviennent pas à empêcher le lecteur de bailler à tant d’insignifiance. Ensuite, sa dénonciation des excès médiatique vaut peut-être pour qui connaît l’affaire et son traitement aux Etats-Unis sur le bout des doigts. Pour le lecteur européen, le décalage entre la vérité que propose Indiana et celle qu’exposèrent les médias reste très flou, et la fureur d’Indiana finit par tomber à plat. Trois mois de fièvre est peut être une expérience intéressante. Il nous laisse pourtant plutôt froid.