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Avant le gel

Henning Mankell (Seuil Policiers)

jeudi 24 novembre 2005


Il ne fallait pas s’inquiéter. La petite forme du Mankell de La Muraille invisible n’était qu’un coup de froid sans lendemain. On ne peut pas en vouloir au créateur de Kurt Wallander, un des personnages les plus attachants de la littérature policière. On ne peut pas plus lui en vouloir de pousser son héros sur la touche, place aux jeunes, et bienvenue à sa fille Linda, au pedigree forcément impeccable. D’autant que Kurt est toujours bien présent dans Avant le gel, père fouettard et père-poule, passant le relais en tenant toujours les rênes. Kurt et Linda, même combat, à scanner la Scanie de leur humeur sombre, lui tout en incertitude bougonne, elle toute en impatience dubitative. Ils s’engueulent évidemment, ils s’énervent, ne se l’envoient pas dire, et le lecteur suit avec grand plaisir cette relation que Mankell, plus que jamais, prend le temps de fouiller. L’enquête suit un rythme similaire : lent, très lent. Et c’est parfait ainsi. L’intrigue, certes, ne vaut pas celle de La Cinquième femme ou des Morts de la Saint-Jean, mais Mankell retrouve une cohérence et une accuité égarées dans son précédent roman. Avant le gel, Mankell ranime la flamme. On sent qu’il peut nous tenir chaud encore longtemps.