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Tokyo

Mo Hayder (Presses de la Cité)

jeudi 24 novembre 2005


Une histoire de cannibalisme qui manque de chair. On pourrait méchamment résumer ainsi le Tokyo de Mo Hayder. Mais ce ne serait pas totalement rendre justice à la dame. Elle mérite pire, ne serait-ce que pour cette constance à faire la maline, d’un roman l’autre, à fouiller son fond de commerce morbide. Cette fois, et bien plus que dans son premier Birdman, Hayder est d’autant plus tête à claques qu’elle gâche un sujet ambitieux qui devait donner un grand livre : les massacres des soldats japonais lors de leur invasion de la Chine, dans les années 1930, et plus particulièrement à Nankin en 1937, exactions taboues au Japon. Cette partie du roman, construit en alternance passé-présent, est la plus réussie car la plus sobre. L’escalade dans le n’importe quoi qui se déroule dans le Tokyo actuel (1990) plombe malheureusement l’ensemble. De Tokyo justement, que voit-on ? Un bar à hotesses, une grande maison délabrée avec jardin, et point. Un Tokyo froid, vide, creux. Pas une vision de Tokyo, mais un Tokyo prétexte, un Tokyo pour rien. Un comble. Les personnages ? Pareil. Froids, vides, creux. Comment croire cinq secondes au parcours torturé de l’héroïne, à son invraisemblable quête à l’origine de son voyage ? Hayder confond ensuite morbidité et perversité, et son climax prétendument choquant et terrifiant tourne au mauvais film d’horreur. Quant à son histoire, que l’on se garde de résumer par égard pour le lecteur égaré, la réduire à quelques lignes suffit pourtant à en dévoiler tout le grotesque. Comment peut-on marcher à cet improbable récit ? Le pire : la critique autorisée applaudit. Désespérant.