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Walters Minette

lundi 29 août 2005


Comme toujours, ne pas se fier aux apparences. Ne pas se fier à ce sourire de dynamique quinqua qu’arbore la dame sur la plupart des photos. Sourire lisse et regard pétillant, tandem gagnant d’une énième reine du crime « made in England », au prénom qui plus est charmant : Minette. Sauf que Minette Walters, dans ses nombreux romans, fait rarement patte de velours, griffant allègrement son sujet de prédilection : la famille.
Mais d’où vient donc cette Minette pour égratigner à ce point père, mère, progéniture et même petits cousins dans la foulée ? Elle est effectivement née Minette Caroline Mary Jebb le 25 septembre 1949 dans le comté du Hertfordshire, au nord-est de Londres. Son enfance est marquée, à l’âge de dix ans, par la mort de son père, ancien-combattant victime d’une longue maladie. L’ambiance n’est alors guère au beau fixe dans la famille qui ne vit qu’avec la pension de veuve de guerre, plutôt limite pour assurer l’avenir de Minette et de ses deux frères.
En 1962, Minette est envoyée en pension. A Godolphin (Salisbury), prestigieuse école privée à laquelle elle ne peut prétendre que grâce à son statut de semi-orpheline. Son officier de père décédé, elle ne paye rien. En veut-elle à sa mère, d’être éloignée ainsi alors que ses deux frères restent dans le giron maternel ? Minette Walters souligne plutôt qu’une telle scolarité lui permet d’acquérir une autonomie et une force assez rare pour une fille à l’époque. Pour preuve la parenthèse qu’elle s’accorde dans ses études en décidant, en 1968, de partir avec une association favorisant le dialogue anglo-israëlien dans un kibboutz où elle travaille pendant sept mois.
A son retour, elle entreprend une licence de français à l’université de Durham, qu’elle décroche en juin 1971. Commencent alors les petits boulots. Quelques articles publiés dans des magazines, un travail de serveuse le soir. Ce n’est pas formidable, mais la demoiselle parvient tout de même à convaincre une banque de lui faire crédit pour acheter une maison. A 22 ans, elle sait ce qu’elle veut : écrire. La voilà stagiaire dans une maison d’édition, Woman’s Weekly Library, spécialisée dans la publication de courtes fictions romantiques au format poche. Minette taille bientôt les textes des autres pour obtenir les 30 000 mots standard, puis se lance elle-même. Elle écrit une trentaine de nouvelles sentimentales avant de tomber sur... l’amour. Il s’appelle Alec, elle l’épouse en 1978, et naissent bientôt deux petits gars, qui lui prennent tout son temps. Elle range donc sa plume dans un tiroir, pendant... sept ans !
Une fois ces deux fils grandis, elle reprend l’écriture. Mais foin de bons sentiments ! Elle choisit cette fois le roman criminel. Elle met deux ans à écrire Chambre froide, deux autres années à trouver un éditeur. Le titre sort en 1992 et est immédiatement distingué par la célèbre Crime Writers Association. Il faut dire que si Minette Walters semble naviguer dans le classique genre « à énigme », c’est pour mieux plonger en eaux troubles et remonter avec de beaux trésors de perversité familiale. Généralement, ses personnages sont contraints de voyager dans le passé, et les souvenirs ainsi péchés ne permettent guère le repos des âmes que tourmente notre auteur. Son deuxième roman, Cuisine sanglante, dès 1993, confirme le talent de Minette Walters, qui livre alors quasiment un roman par an (elle se dit « workaholic »). Elle qui s’applique à jouer la maman idéale, qui ne trouve pas les mots pour dire sa fidèle passion pour son mari Alec, avec qui elle vit toujours dans le Dorset, fouille pourtant les traumas familiaux au scalpel. Elle prétend ne jamais savoir où la conduit son récit, s’amusant à se laisser elle-même surprendre par ses personnages, toujours magnifiquement campés. On veut bien la croire, mais la formidable mécanique que propose La Disparue de Colliton Park (2005 en France), peut-être son oeuvre la plus aboutie, paraît difficilement compatible avec une improvisation in progress. Qu’importe cependant. Avec une dizaine de romans (en 2005) d’excellente facture, Minette Walters reste une des rares révélations du genre depuis le début des années 1990.

Ses principaux ouvrages sont : Chambre froide, Cuisine sanglante, Lumière noire, Un serpent dans l’ombre, Intime pulsion, La disparue de Colliton Park.