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La Cité des Jarres

Arnaldur Indridason (Métailié)

jeudi 29 septembre 2005


« C’est difficile d’imaginer des enquêtes intéressantes dans un pays où rien n’arrive », prétend Arnaldur Indridason. Et voilà pourquoi le meurtre qui inaugure son premier roman traduit en France est considéré par ses enquêteurs comme une affaire « typiquement islandaise ». Comprendre : d’une banalité affligeante. Une histoire de vol qui tourne mal ou un crime de rôdeur. Sauf que pas du tout. Heureusement pour le lecteur, l’affaire s’avère nettement plus complexe et sordide au fil du travail des limiers de Reyjavik, au premier rang desquels l’inspecteur Erlendur, héros des polars d’Indridason. Un flic meurtri dans sa vie privée mais au flair infaillible, une société à l’apparence lisse mais ravagée de l’intérieur, un dossier qui oblige tous les protagonistes à plonger dans un passé sombre, les ingrédients ne sont pas vraiment nouveaux. Si l’on ajoute à cette sauce une écriture d’une platitude parfois réfrigérante, on pourrait classer cette Cité des Jarres en dessous du niveau de la banquise des romans nordiques qui dérivent depuis quelques temps en masse vers nos lattitudes. Pourtant, Indridason parvient tout doucement à imposer une réelle tension, une petite musique qui finit par vriller les tympans au fur et à mesure que son inspecteur fouille et exhibe de vilains secrets familiaux. Cet acharnement l’air de rien à mettre à jour la violence qui bout sous la glace emporte la conviction, et on se félicite de l’apparition surprise de cet auteur qui connaît de plus un très bon accueil des lecteurs hexagonaux. A suivre donc avec attention.