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A poil en civil

jerry Stahl (Rivages/Thriller)

samedi 13 août 2005

Il est assez amusant de lire dans le Nouvel Observateur (dans « La Folie polar » du N°2124, 21-27 juillet 2005, dont on pourrait se réjouir n’était la désagrable impression que l’on offre la « une » au genre au coeur de l’été, assimilant le polar à une littérature de vacances, les choses « sérieuses » étant réservées à la rentrée littéraire), de lire donc le propos suivant mis dans la bouche de François Guérif : « le virus Tarantino a gangréné pas mal de bouquins ». Il se trouve que A poil en civil, publié par la collection Rivages du grand François, est effectivement bien malade de ce survoltage tarantinesque qui inspire nombre d’auteurs et de cinéastes n’arrivant pas à l’orteil de leur maître. A poil en civil démarre à toute vitesse, passe la surmultipliée dès le deuxième chapitre, fonce à tombeau ouvert dans le n’importe quoi, et prétend évidemment carburer à l’humour iconoclaste. On est prié de rire à la grosse farce, aux cadavres qui s’amoncellent, aux dialogues malins. Les personnages sont bien sûr timbrés, les situations improbables, et tout ce grotesque foldingue doit emporter le lecteur dans un tourbillon jubilatoire et féroce reflétant, cela va sans dire, le grand chambardement de l’Amérique actuelle. Accordons à Jerry Stahl un certain don pour la métaphore loufoque qui parfois fait mouche. Pour le reste, on peut aussi se lasser très vite de son grand cirque. A trop faire le singe et forcer sur la grimace, on risque de tomber de la branche. Comme le roman des mains du lecteur.