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French Tabloïds

Jean-Hugues Oppel (Rivages/Thriller)

vendredi 27 mai 2005


Si l’incroyable surenchère médiatique et politique sur l’insécurité préludant aux élections présidentielles de 2002 s’est traduite chez vous par une poussée d’urticaire féroce, ne manquez pas French Tabloïds, le dernier et meilleur roman de Jean-Hugues Oppel. Le bonhomme aime gratter les vilaines démangeaisons, et il le fait ici d’un ongle plutôt bien aiguisé. Son point de départ ? La présence du venimeux Jean-Marie au second tour des présidentielles n’était pas une surprise, mais le résultat d’une manoeuvre tortueuse orchestrée par quelques hommes de l’ombre bien informés (les seuls à cette époque). En avant donc sur les traces d’un commissaire des RG, d’un agent très spécial expert en services manipulatoires, d’un solitaire visant la courte carrière de tueur fou, d’une flic honnête et forcément dépassée, et d’un trio de docteurs-es Communications contrôlant les dérapages journalistiques. Chaque chapitre s’ouvre par la liste nauséeuse des gros titres de la presse consacrés au phénomène sécuritaire dans la période mars 2001-avril 2002, histoire de bien montrer l’invraissemblable escalade abrutissant les esprits des électeurs. La démarche, réécriture de l’histoire vraie, fait évidemment écho au travail de James Ellroy, d’autant qu’Oppel s’applique au même style rythmé et sec que son modèle américain. Différence de taille cependant, Oppel ne peut se départir d’une certaine tendresse pour quelques uns de ses personnages, affection totalement absente chez la brute Ellroy. Le roman est de fait très efficace et glaçant, même si l’on peut déplorer un râté d’importance. Le trafic d’influence du triumvirat de la com’ censé faire la pluie et le beau temps dans les rédactions tricolores, suggérant la mise en avant de tel ou tel fait divers d’un simple coup de fil, est un tantinet simpliste. Plus difficile certes, mais aussi plus réaliste et inquiétant, eut été le démontage de la mécanique à l’oeuvre dans la presse, mélange de démagogie et de suivisme, qui pousse les journaux à essorer souvent un thème jugé porteur, sans réfléchir un instant à leur responsabilité et aux conséquences d’une telle amplifiaction. Cet auto-emballement, qui ne doit rien à d’imaginaires marionnettistes, est une terrifiante dérive que French Tabloïds effleure à peine. Dommage.