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L’Affaire Sotomayor

Thierry Tuborg (Serpent noir)

samedi 26 mars 2005


Avant d’aborder L’Affaire Sotomayor, il faudrait, si l’on en croit son éditeur, être au courant de la profonde injustice dont serait victime son auteur, Thierry Tuborg, ci-devant ancien chanteur du groupe punk rock bordelais Stalag. Le bonhomme, doit-on apprendre, frappe depuis des années aux portes des maisons d’édition, essuyant refus sur refus. Plutôt que de se décourager, il raconte son histoire sur un site internet, dans un journal parfois drôle, et sort ses romans à compte d’auteur au Cercle Séborrhéique, petite structure créée pour l’occasion. Pour l’heure, Thierry Tuborg doit sa minuscule renommée à cette exposition webesque et à un article relativement fielleux de Yann Moix dans Marianne en 2000. Voilà pour le contexte. Mais attaquons maintenant L’Affaire Sotomayor, court roman noir de 150 pages. Les deux premiers chapitres appâtent plutôt bien. Tuborg prend l’option d’un récit polyphonique : un protagoniste différent s’exprime dans chaque chapitre. D’abord Rebecca, 15 ans, fille de Manuel Sotomayor, cinéaste et producteur en vogue des deux côtés de l’Atlantique. Rebecca est en fait l’objet sexuel du célèbre papa depuis ses douze ans. Le livre s’ouvre sur son viol collectif par trois collègues de ce dernier, qui pour le coup « se contente » de filmer l’action. Puis intervient un gamin un peu paumé de 20 ans, qui recueille la demoiselle, la viole à son tour et l’assassine pour finir. Pourquoi ces deux chapitres fonctionnent-ils ? Parce que Tuborg trouve le ton juste avec ces deux ados en souffrance. Mais tout se gâte ensuite, car Tuborg poursuit son affaire sur le même ton, écrivant son roman avec le style d’un ado de 16 ans rebelle et naïf qui vociférerait dans son journal intime. Tous les autres personnages, de l’écrivain fashion inspiré de Yann Moix à la journaliste accrocheuse ne sont que grossières caricatures. Les dialogues étalent une indigence insigne. La prétendue dénonciation d’une presse aux ordres et manipulatrice de l’opinion révèle un simplisme affligeant. Le final est à l’avenant, ballot pour ne pas dire crétin. Fallait-il publier cette Affaire ? Peut-être, car le matériel de départ augurait quelques promesses. Mais on pouvait attendre du Serpent à Plumes qu’il demande au moins à l’auteur de revoir sa copie. En l’état, cette Affaire relève de l’infantilisme brouillon.