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Brown Larry (1951-2004)

jeudi 2 décembre 2004


Cinq romans incendiaires, et passe l’arme à gauche. Trop vite forcément. Larry Brown s’est éteint le 24 novembre 2004, à 53 ans. Une saloperie de crise cardiaque. Fragilité familiale parait-il, et puis le bonhomme clopait comme un malade. L’ancien pompier serait donc en quelque sorte parti en fumée. Bravo à la faucheuse pour l’absurde conclusion.
Larry Brown est né le 9 juillet 1951 à Oxford (Mississipi). La famille compte six membres et vit modestement des travaux de la ferme. Elle ne tarde pas à déménager à Memphis, où le père Brown trouve un meilleur job, mais la parenthèse ne dure que quatre ans, avant retour à Oxford. Le petit Larry suit des études qui ne le passionnent guère. Il préfère largement la chasse ou la pêche. Et la lecture. Car Leona Brown enseigne très vite à son fils l’amour des livres. Pour autant, Larry ne réussit pas merveilleusement à l’école. Alors quand vient l’heure, en octobre 1970, il part faire son service militaire dans les Marines. La guerre du Vietnam bat son plein, mais Larry est chanceux. Il n’est pas envoyé au front, et reste, jusqu’en 1972, en caserne à Philadelphie. C’est là qu’ils rencontrent de nombreux vétérans dont les récits lui serviront plus tard.
De retour à Oxford, Larry enchaîne les petits boulots : travailleur agricole, peintre, réparateur d’ascenseur, etc. ce n’est pas gratifiant, et le bonhomme s’étant marié à Mary Anne Coleman, une secrétaire, il est temps d’assurer ses arrières. En 1973, il devient donc pompier. Mais il brûle pourtant d’une secrète passion : écrire. En 1980, sa décision est prise. Il commence à noircir des pages et des pages. Des nouvelles, dont la première est bientôt publiée dans Easy Riders, revue cul et cuir pour Hell’s Angels. Il lui faut cependant patienter encore huit ans pour être repéré par un petit éditeur de Caroline du Nord, Algonquin Press, à qui il devait rester fidèle pour le reste de sa carrière. Facing the music, son premier recueil de nouvelles, paraît en 1988 (Faire Front en français). Un an plus tard sort son premier roman, Sale boulot. Ce huis clos dans un hôpital entre deux vétérans du Vietnam révèle la puissance de l’auteur. Un style sobre et pourtant extrêmement travaillé au service de personnages déglingués qui transpirent une sale et attachante humanité.
Evidemment, Brown devient l’écrivain-pompier, statut médiatiquement efficace, mais qui finit vite par méchamment l’ennuyer. En 1990, Brown range donc son uniforme pour se consacrer définitivement à l’écriture. Après un nouveau recueil de nouvelles (Dur comme l’amour, 1990), il confirme son talent avec Joe (1991), dérive pathétique de la famille Jones dans une Amérique en plein délabrement. Roman très noir, lent, poisseux et oppressant, Joe place définitivement Brown dans le club des grands écrivains du Sud. Une reconnaissance qui lui vaut d’enseigner l’écriture dans diverses universités, mais sans jamais trop s’éloigner d’Oxford. A son rythme - car Brown travaille, retravaille et corrige sans cesse - il poursuit son oeuvre avec Père et fils (1996) et Fay (2000), histoires de désarrois, d’ennuis, de paumés magnifiques ou d’ordures violentes. Avec un minimalisme toujours parfaitement maîtrisé. Un grand auteur, donc, à découvrir d’urgence. Tous ces titres sont parus chez Gallimard (La Noire).

Ses principaux ouvrages sont : Sale boulot, Joe, Père et fils, Fay.