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La mort dans l’âme

de Ian Rankin (Editions du Rocher)

jeudi 21 octobre 2004


Il est largement temps de souligner toutes les qualités de Ian Rankin, et de lui offrir la reconnaissance que connaîssent certains auteurs de par chez nous, au premier rang desquels Henning Mankell. Car John Rebus, l’inspecteur général d’Edimbourg héros de Rankin supporte sans problème la comparaison avec le Suédois d’Ystad Kurt Wallander. Même vague à l’âme devant les atrocités du monde moderne, mêmes doutes quant à son métier, mêmes difficultés dans sa vie sentimentale et familiale. Même emprise du décor, avec l’arrière-cuisine de la douce et cosmopolite Edimbourg aussi sale dans les coins que la proprette et exemplaire Suède. On regrette seulement que Rankin n’attache pas autant d’importance que Mankell aux personnages secondaires de son commissariat. Mais c’est vraiment pinailler, d’autant que la personnalité de Rebus, flic bourru, obstiné, non violent, en prise de plus en plus directe avec l’alcool (et la clope), est suffisamment complexe pour assurer le besoin de revenir prendre de ses nouvelles d’une aventure l’autre. Dans La mort dans l’âme, les nouvelles ne sont évidemment pas des plus réjouissantes. Rankin mêle avec son brio habituel diverses intrigues qui se croisent et parfois se rejoignent et fouille dans les tréfonds de l’âme humaine, là où il est des plus difficiles de trouver l’équilibre entre le bien et le mal. La pédophilie est au centre de cet épisode. Sujet pour le moins épineux, mais que Rankin parvient à aborder avec subtilité. Une fois de plus, le passé de Rankin revient hanter notre personnage, cette fois par l’intermédiaire d’un ancien flirt, et pousse notre homme à s’interroger sur l’influence de ces histoires d’enfance et d’adolescence qui souvent plombent les esprits et forgent de plus ou moins sinistres destinées. Au final, on abandonne Rebus avec une seule envie : le retrouver au plus vite. La suite, Du fond des ténèbres, est déjà disponible aux Editions du Masque, qui ont décroché les droits des futures traductions au détriment des Editions du Rocher.