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Revanche

Dan Simmons (Edition du Rocher)

mardi 22 juin 2004


D’entrée. Joe Kurtz, un ancien détective, sort de douze ans de réclusion pour vengeance « passionnelle ». Il se pointe dans une cafétéria, avec accrochés à ses baskets trois teigneux qui ne veulent visiblement pas seulement lui faire les lacets. Kurtz mate les clients, estime ses chances, se demande « si deux marmots, tenus à bout de bras devant lui, offriraient un bouclier de chair et d’os suffisant pour arrêter les projectiles de gros calibres ». Sans doute pas. « Dommage », écrit Dan Simmons. Voilà. Revanche démarre à tombeau ouvert, et dans l’ensemble, on reste pied au plancher durant 290 pages. Autant dire que Simmons ne s’embarrasse pas avec les détails du paysage. Kurtz, son héros, est plutôt du genre obsessionnel, version Charles Bronson en justicier expéditif. Il ne tricote pas de dentelles, et Simmons non plus. Son histoire est truffée d’incohérences, mais à force de débouler comme un malade, il parvient à emporter la conviction du lecteur. Le tout est donc plutôt sauvage, rime avec carnage et engrenage. On pose un oeil, et on se retrouve au final le souffle coupé et l’estomac dans les talons. En guise de supplément rayon chrome rutilant, Simmons parsème le tout d’un brin d’humour appréciable. La secrétaire de Kurtz, par exemple, travaille à la reconversion de son agité de patron en commençant par un site de rencontre sur internet baptisé « recherche tendresse.com ». Amusant. En somme, un niveau que l’on souhaiterait plus souvent lire dans la production courante. Simmons, le pape de la science-fiction, gagne définitivement ses galons de polardeux avec ce deuxième épisode des aventures de Kurtz. On boucle déjà sa ceinture de sécurité en attendant le troisième.