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Sous les vents de Neptune

Fred Vargas (Viviane Hamy)

mardi 20 avril 2004


D’un livre l’autre, Fred Vargas s’améliore. Si, si. Oubliez donc Pars vite et reviens tard, son précédent succès. Oubliez surtout son intrigue un tantinet tarabiscotée, et ses ultimes rebondissements qui frisaient le ridicule. Si Pars vite... vous laissait un goût de revenez-y, alors laissez-vous souffler par Les vents de Neptune. Certes, la dame ne se refuse toujours pas quelques invraisemblances (un meurtrier hors d’âge qui joue à saute-Atlantique pour mener à bien son projet, une technomémé en hackeuse informatique), mais qui cette fois chagrinent moins tant Vargas resserre son affaire autour d’Adamsberg, son fameux commissaire randonneur (sans doute le meilleur personnage de la galerie Vargasienne). Un Adamsberg perdu, désemparé, doutant de lui-même donc de tout. Vargas ne le lâche pas d’une semelle, et évite ainsi son habituelle tendance à la dispersion. En creusant son Adamsberg, elle offre un roman plus profond, plus sombre, plus envoûtant. Bien sûr, les seconds rôles sont bien présents et savoureux, mais eux aussi semblent plus denses que de coutume, à l’image de Danglard, le fidèle (mais est-ce si sûr ?) second d’Adamsberg. Le style Vargas est toujours aussi alerte, et l’incursion de la petite troupe au Québec nous vaut une compilation d’expressions locales particulièrement goûteuses. Si Pars vite... s’est vendu à 270 000 exemplaires en grand format, Vargas devrait donc viser les 300 000 avec ce Neptune. Elle qui jure modestement « essayer d’écrire un bon roman policier » peut se rassurer. C’est déjà fait depuis longtemps. Mais avec ce Neptune, elle n’est pas loin de l’excellence.