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Le roman policier français

jeudi 19 janvier 2006, par polars

En fondant la collection Le Masque, Albert Pigasse permet aux lecteurs tricolores de découvrir le roman à énigme anglo-saxon. En créant trois ans plus tard
(1930) le prix du roman d’aventure, il révèle de nouveaux auteurs français. On peut distinguer d’une part une « école » plutôt fantaisiste, menée par Pierre Véry (1900-1960), Jacques Decrest (1893-1954) et Claude Aveline (1901-1992), de l’autre une tendance plus ancrée dans le réalisme et le roman à suspense, avec Pierre Boileau (1906-1989), Noël Vindry (1896-1954) et Pierre Nord (1900-1985). On retrouve cette répartition chez les deux écrivains phare de cette génération, qui ne sont pas français mais belges : Stanislas-André Steeman (1908-1970), inventeur du pince-sans-rire enquêteur M. Wens, et Georges Simenon (1903-1989) et son génial Maigret dont la méthode « consiste essentiellement à se laisser imprégner par l’atmosphère d’un lieu, et les caractères des protagonistes qui y gravitent », comme l’écrit Michel Lebrun.

Avec l’Occupation , le roman policier français disparaît quasiment. A la Libération,
la mode est à l’auteur anglo-saxon. C’est le début de la Série Noire et de la collection Un Mystère, qui traduisent à tour de bras les champions du hard-boiled américain. Difficile alors pour les français de se faire éditer. Certains parviennent tout de même à mettre un pied dans la porte, notamment André Héléna et Jean Amila, même s’ils doivent pour se faire adopter souvent le costume du faux-ricain.

Est-ce à dire que la tradition française est définitivement enterrée. Que non !
Un seul auteur suffirait à la maintenir au sommet : Léo Malet (1909-1996),
dont le 120, rue de la gare sort en 1943 et offre une improbable synthèse entre le roman noir et l’intrigue de détection. Le roman à suspense devient de son côté l’affaire du tandem de maîtres Boileau-Narcejac.

On observe avec les années 1950 une réelle diversité. A la Série Noire, on note la vogue du roman de truands, qui dégainent leur argot sans coup férir. Albert Simonin (1905-1980) en est le pionnier, sans doute indépassable, mais d’autres comme José Giovanni (1923-2004) ou Auguste Le Breton (1913-1999) y mirent leur grain de sel. Boileau-Narcejac rayonnent toujours, et avec eux bientôt René Réouven, Sébastien Japrisot, Jean-François Coatmeur et Noël Calef (1907-1968). D’autres sortent des sentiers battus pour forger leurs propres chemins de traverse, de Michel Lebrun (1930-1996) touchant à tout à Frédéric Dard (1921-2000)-San Antonio démollissant tout, en passant par Paul Gerrard (1908-1994) et ses univers troubles ou G-J Arnaud et ses romans dérangés et dérangeants.