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CARR John Dickson (1906-1977)

mardi 15 mai 2001


"Bien peu de romans policiers réussissent à me piéger, mais ceux de Mr. Carr y parviennent toujours". Bel hommage de la "reine du crime", Agatha Christie, à un écrivain qui connaissait alors (dans les années 1930) son heure de gloire, avant d’être relégué au second plan par la vogue du roman noir au lendemain de la seconde guerre mondiale. Après quarante ans de purgatoire, John Dickson Carr revient ensuite sur le devant de la scène dans les années 1980, pour être enfin consacré comme un des maîtres du genre. Trop haut, trop vite ? En quelque sorte.
John Dickson Carr est né le 30 novembre 1906 à Uniontown, en Pennsylvanie. Son père, de souche écossaise comme sa mère, est juriste, et allait bientôt entrer en politique en devenant membre du Congrès sous l’administration de Woodrow Wilson. A 8 ans, Carr débarque donc à Washington. C’est dans la bibliothèque paternelle qu’il découvre tout au long de son adolescence la littérature romanesque et policière qui le fascine : Alexandre Dumas, Robert Louis Stevenson, Conan Doyle et surtout Gilbert Keith Chesterton, le créateur du Père Brown. Il se passionne également pour Arsène Lupin et Rouletabille. Pour Carr, Le Mystère de la chambre jaune est d’ailleurs LE chef d’oeuvre du roman policier.
Très vite, la petite tête est pleine d’histoires qui ne demande qu’à prendre forme. Son entrée au collège de Hareford en 1925 lui donne l’occasion de prendre la plume, en participant au magazine littéraire de l’établissement. Il en devient l’éditeur en 1926, et à la fin de l’année entre en scène son premier détective, le chef de la sûreté de Paris Henri Bencolin, dans la nouvelle L’Ombre du malin. Deux ans plus tard, John Dickson Carr est à Paris, où il doit entrer à La Sorbonne. Mais le bonhomme préfère découvrir la ville qu’user ses fonds de culotte sur les bancs universitaires. Il travaille alors à un premier court roman dont le héros est Bencolin. De retour aux Etats-Unis, il peaufine son histoire, la rallonge. C’est Le Marié perd la tête qui signe le début de sa longue carrière. Car le livre obtient un francs succès.
Henri Bencolin reprend du service pour quatre nouvelles aventures jusqu’en 1937. Mais c’est avec un autre personnage que Carr affirme son talent : l’imposant Dr Gideon Fell, obèse amateur de bière et fumeur de pipe, inspiré de Chesterton, qui apparaît en 1933 dans Le Gouffre aux sorcières. Vingt trois romans suivront jusqu’en 1967.
Mais Carr, alors installé à Londres depuis son mariage en 1931 avec la jeune anglaise Clarice Cleaves, n’est pas du genre à s’endormir sur ses lauriers. Dès 1934, il invente un nouveau personnage : Sir Henry Merrivale, chef des services secrets anglais. "H.M" est en fait le portrait craché de Mycroft Holmes, le frère de Sherlock. Mais progressivement, Carr cultive la ressemblance de son héros avec Winston Churchill, qu’un journaliste s’était amusé à souligner. Fell et Merrivale sont deux personnages fantasques, plus intuitif que déductif comme Sherlock, ce qui permet à Carr de mettre en avant un humour qui le distingue pour l’époque. Sir Henry sévit jusqu’en 1953, dans 22 romans en tout.
Enfin, en 1938, arrive le dernier grand héros de Carr, le colonel March, animateur d’un curieux service de Scotland Yard, le Département des causes bizarres. March n’apparaît que dans 9 nouvelles, mais reste peut-être le plus célèbre des détectives dicksonien grâce à la série télévisée où il est incarné par le comédien Boris Karloff.
Auteur prolifique, John Dickson Carr écrit également quelques romans historiques, plus de 80 pièces radiophoniques pour la BBC et CBS à partir des années 1940, et une monumentale biographie de Conan Doyle (La vie de Sir Arthur Conan Doyle, 1949), saluée par la critique. Après la guerre, sa production est moins intensive, et son succès nettement moindre. Le roman noir est à son zénith. John Dickson Carr ne goûte guère le genre, lui qui refuse le réalisme, en situant même la plupart de ses intrigues à la frontière du fantastique. Maître de l’énigme en chambre close, il dépasse cependant largement ce cadre étroit par son imagination, la luxuriance de ses personnages, ses atmosphères prenantes et son humour toujours brillant. Qualités qui lui vaudront son retour en grâce dans les années 1980, quelques années après sa mort le 27 février 1977.

Ses principaux ouvrages sont : Trois cerceuils se refermeront, Les meurtres de la licorne, La Maison du bourreau, La Chambre ardente, Le Lecteur est prévenu.