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JONQUET Thierry

mardi 8 avril 2003


Evidemment, avec un tel parcours, il ne fallait pas demander à Thierry Jonquet d’écrire des romans à l’eau de rose. Les perdus, les de travers, les abimés de la vie que l’on rencontre dans ses livres ne sont pas tous issus de son imagination. D’ailleurs, Thierry Jonquet confesse n’en pas avoir beaucoup. Ceux qui peuplent ses romans, Jonquet est allé les chercher dans ses souvenirs, ou dans les journaux qu’il épluche, jusqu’à découvrir la chair d’un faits divers juteux.
Thierry Jonquet est né le 19 janvier 1954 à Paris. Fils d’ouvrier, il fait ses études au lycée Charlemagne, et passe la plupart de son temps libre dans la bibliothèque du XIe arrondissement ou dans les cinémas de quartier. A 14 ans, il découvre dans les livres l’horreur de la Shoah. Voilà le mal ultime, qui marque son engagement futur. Il se positionne d’emblée dans les rangs des sympathisants communistes. Puis après les événements de Mai 1968, rejoint les militants trotskystes au sein de Lutte ouvrière. En 1972, il passe à la Ligue communiste révolutionnaire (qu’il devait quitter en 1992 pour un désaccord sur la guerre dans l’ex-Yougoslavie). Il décroche son bac, puis commence des études de philosophie à l’Université de Créteil. Courte parenthèse. Pendant un an, il pratique d’invraissemblables petits boulots, avant un accident de voiture qui l’envoie à l’hôpital. Là, une kinésithérapeute lui vante le métier d’ergothérapeute. Pourquoi pas. Thierry Jonquet devient donc ergothérapeute, et se retrouve au service gériatrie de l’hôpital Draveil. Une expérience qui devait bientôt inspirer son premier roman, mais surtout inaugurer ce fameux parcours avec les cabossés de l’existence.
Des petits vieux de Draveil, Jonquet passe aux enfants mutilés de l’hôpital Saint-Maurice. Puis change d’orientation pour devenir instituteur. Mais le voilà pour son premier poste dans un autre hosto, avec des malades mentaux. Puis plus tard en banlieue nord. Une réalité plutôt lourde à porter. Pour éviter la déprime, notre homme décide d’écrire. A la fin des années 1970, il découvre le polar à travers la Série Noire, lui qui du genre ne connaîssait que les clichés souvent véhiculés par le cinéma américain et français de l’époque. C’est une claque. Son premier livre, en 1982, est donc un roman noir : le Bal des Débris. Il est assez vite publié par Albin Michel, même si lui le considère avec le recul comme « râté » et aurait préféré le titre de Parkinson le glas. Pendant trois ans encore, il poursuit pourtant son boulot d’instit, cette fois avec des jeunes mineurs délinquants. Puis décide de se consacrer définitivement à l’écriture.
Thierry Jonquet aligne dès lors les réussites, toujours inspirées de ce réel qui lui plombe les yeux. Mygale, avec lequel il débarque à la Série Noire, lui vient après une émission d’Anne Gaillard sur les transexuels. La Bête et la Belle, choisi comme numéro 2000 pour la Série Noire, est concu d’après un fait divers réels. Les Orpailleurs naissent de la lecture d’un article de l’Evénement du Jeudi sur des Polonais creusant les champs en quête de résidus d’or des victimes des camps de concentration.
Il tombe ainsi en 1995 sur un autre faits divers, où une aide soignante, victime du syndrome de Munchausen, finit par provoquer une maladie chez sa fille. Trois ans plus tard sort Moloch, qui mèle trois histoires, dont l’une reprend quelques éléments cette affaire. Dans l’intervalle, la jeune mère est décédée, mais sa famille et son avocat intente un procès à Jonquet. Qui doit attendre deux ans avant d’obtenir gain de cause. N’empêche. Jonquet ne change pas ses habitudes. « Tout simplement parce que la réalité dépasse et dépassera toujours la fiction ». Dont acte. Thierry Jonquet poursuit son œuvre d’auscultation, en même temps qu’un travail de scénariste à la télévision et d’adaptateur de quelques uns de ses écrits en BD (La vie de ma mère en deux tomes en 2003). Un auteur majeur.

Ses principaux ouvrages sont : Mygale, La Bête et la Belle, Les Orpailleurs, Moloch, Ad Vitam Aeternam