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Bois-brûlé

Claude Amoz (Rivages Noir) Prix Mystère de la critique 2003

samedi 6 décembre 2003


Il s’appelle Martin Tissier. Et c’est un des personnages les plus forts jamais créés par Claude Amoz, dont les romans comptent pourtant quelques cas exemplaires. Ici, on se moque un tantinet de Leila et de ses tourments post-adolescents, de Victor qui n’a jamais vraiment grandi ni échappé à ses traumas enfantins, de Viviane, l’artiste perdue en quête de refuge. Non, on se concentre surtout sur Martin, le notaire, de père en fils. Sauf que lui était le mauvais fils. Le notaire, comme papa, ce devait être l’autre. Le brillant. Le chéri de maman, le meilleur de papa, le remarquable des copains. On ne voyait que lui. Heureusement on ne le voit plus. Mais sait-on jamais. Le retour de l’enfant prodigue, ça existe. Et Martin ne craint qu’une chose : qu’il vienne lui pourrir le présent comme le passé. Un passé que Martin regurgite, remâche. Et ça brûle, et ça blesse. Qu’un petit rien vienne titiller le souvenir, et Martin, boule d’amertume et de rancœur, peut évidemment perdre les pédales. Pour lui, après tout, le bonheur n’existe que pour lui filer entre les doigts. Cette remontée du malaise jamais enterré est le suspense fascinant du roman. Il en est d’autres bien sûr, car Claude Amoz sait parfaitement mener son affaire pour tenir en haleine son lecteur. La construction du livre, tout en alternance d’aller-retour temporel, est d’une redoutable efficacité. Claude Amoz mérite haut la main son Prix Mystère. Pour Bois-brûlé, mais aussi, comme on dit dans le milieu du cinéma, « pour l’ensemble de son œuvre ».