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Les Ames grises

Philippe Claudel (Stock) Prix Renaudot 2003

samedi 6 décembre 2003


Les Ames grises n’est pas un mauvais roman. Loin s’en faut. Mais Les Ames grises collectionne les dithyrambes - prix Renaudot, meilleur livre de l’année pour la rédaction du mensuel Lire, classement presque aussi flatteur dans l’hebdomadaire Le Point - et c’est beaucoup. La critique applaudit des deux mains une histoire, enfin une histoire, servie par une belle écriture, une association qui ne serait pas si courante dans les contrées littéraires actuelles. Fort de cet enthousiasme médiatique, le bouquin se vend très bien. Chapeau bas, donc. Philippe Claudel tient effectivement plutôt bien sa plume. Ce qui ne l’empêche pas de déraper parfois dans l’épate. Ce n’est pas là méchant reproche. Juste le sentiment qu’à trop s’écouter écrire, on finit par se laisser griser pour rien. Quant à l’histoire, elle n’est que prétexte à une enfilade de portraits - ces âmes grises du titre - qui défilent à tombeau ouvert (ce ne sont que des morts que le narrateur autopsie) et se bousculent sévère au portillon. Tout ceci fait dans l’ensemble assez désordre, mais paraît amplement satisfaire nombre de lecteurs avisés. On ne saurait trop, dans ces conditions, leur conseiller d’autres excursions dans le Noir, qui semble-t-il leur va si bien cette fois. Ils découvriraienst sans doute d’autres auteurs maniant la langue, et diablement conteurs d’histoires. Si Philippe Claudel vaut le Renaudot, alors Pascal Garnier ou Jean-Paul Demure valent le Goncourt. Mais sans doute ces auteurs affichent-ils hélas un trop mauvais genre.