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Déluge

Karen Duve (Rivages Poches)

lundi 7 avril 2003


Si en lisant Déluge, il vous semble entendre un robinet goutter, la pluie qui cogne au carreau, ou la chasse d’eau du voisin, pas d’affolement. On plonge littéralement dans le roman de Karen Duve. Où plutôt on s’embourbe, on s’enfonce, on se noie. Ce livre suinte à toutes les pages une atmosphère spongieuse, fangeuse, limaçante. Une histoire pour le moins humide, qui moisit le cerveau du lecteur aussi sûrement que celui des personnages. En aménageant dans une maison perdue au milieu des tourbières en Allemagne de l’Est, dans une région lessivée par la flotte incessante, le couple central de cette affaire se liquéfie progressivement, pauvres marionnettes aux destins aspirés par d’implacables sables mouvants. D’autant plus fort que cette déliquescence est contée avec une bonne dose d’humour, à l’image de cette courte introduction de tous les chapitres sous la forme d’un bulletin météo fatal et désespérant. Les deux héros tentent bien de se débattre, assez mollement, mais à quoi bon. Inexorablement ils fermentent, se décomposent, se dissolvent dans cet univers en putréfaction. Tout finit dans un « gloups », une ultime bulle à la surface de l’eau, le bruit de la chair gonflée qui crève. Un premier roman vraiment impressionnant.