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1977

David Peace (Rivages/Thriller)

mardi 25 février 2003


Une descente aux enfers. L’expression est galvaudée, mais David Peacel’article la réhabilite ici avec un talent démoniaque. Faut-il acheter son livre, faut-il accepter de se vautrer dans cet univers glauque, faut-il avancer avec lui toujours plus loin dans la nuit, le cauchemar, faut-il encaisser les hallucinations nauséeuses qui vrille l’esprit de ces personnages ? Oui, sans aucun doute. Même si lire David Peace, c’est comme tomber au fond d’un puits et s’abîmer les ongles sur ses parois poisseuses de sang et de sperme, à tenter de sortir du trou, en vain évidemment. L’expérience n’est pas de tout repos. Mais elle est unique. Vous hésitez ? Entrez dans une librairie, saisissez-vous du volume, ouvrez le à la page115, et entamez le dernier paragraphe , une seule phrase qui vous conduit au milieu de la page 116. Ce type est doté d’une écriture fascinante. Un torrent qui ramasse tout sur son passage. A son propos, on évoque souvent James Ellroyl’article. Et pas seulement parce qu’il s’est lancé comme l’Américain dans une œuvre au long cours, ce Red Riding Quartet qui nous promet encore deux épisodes (1980 et 1983). Vice, corruption, désespoir, violence, peur, Peace nage dans les mêmes eaux troubles. Mais si Peace peut encore progresser dans la construction de son intrigue (plus maîtrisée cependant dans 1977 que dans 1974), si on peine parfois à suivre toutes ses implications, il faut reconnaître que son écriture sidère encore plus sûrement que celle d’Ellroy. Peace est un écrivain monstrueux. Il faut oser sa descente aux enfers. Toute affaire cessante.