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Blanc comme neige

George P. Pelecanos (Soul Fiction)

lundi 12 août 2002


Pelecanos est donc "the next big thing". C’est écrit dans la plupart des journaux, comme le résume parfaitement son éditeur : après une dizaine de romans (Pelecanos s’est mis à l’écriture tardivement, à 36 ans, mais depuis - il affiche 45 ans en 2002 - il ne chôme pas), Pelecanos doit trouver en France le succès et la consécration avec Blanc comme neige. Pour la consécration, pas de problème. La plupart des chroniqueurs sont à l’unisson. Pelecanos est un grand du roman noir. Incontestablement. Sauf que. Pour qui découvre l’auteur avec ce roman, et s’attend à prendre une grande claque, la déception est assez rude. Certes, l’histoire de ces deux ex-flics, l’un privé, l’autre viré, l’un noir, l’autre blanc, qui s’observent puis se complètent durant l’enquête menée par le premier sur le second, est assez joliement ficelée. Surtout, Pelecanos parvient à rendre attachantes deux personnalité complexes, flottant dans le gris avec une lucidité de mauvaise compagnie. C’est la réussite majeure de ce livre. La sensibilité à l’oeuvre ici est assez rare dans le polar pour être soulignée. Bien plus en tout cas que la dénonciation d’une Amérique à deux vitesses, plutôt limitée et assez convenue, même si le raccourci entre exploités et exploitants sur le marché de la drogue est assez saisissant. Bien plus encore que le discours sur le racisme, un tantinet trop démonstratif et à l’origine de nombreux dialogues factices. Tromperies sur la marchandise donc que ces deux éléments toujours mis en avant à propos de Pelecanos. Avec un roman correct mais qui manque encore de souffle et s’impose là où on l’attend le moins, Pelecanos intéresse et surprend à défaut de vraiment convaincre. The next big thing ? On demande encore à voir.