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Les Profanateurs

Michael Collins (Christian Bourgeois)

lundi 12 août 2002


Oui, il s’agit d’une collection "blanche". Oui, Michael Collins ne s’est pas distingué, dans ses deux premiers romans, comme un spécialiste de littérature noire. N’empêche. Les Profanateurs est sans aucun doute un des meilleurs livres du premier semestre 2002, virée très noire au pays de la loose, une Amérique sombre et plombée, comme le ciel du Michigan où se déroule l’action, où même la neige qui étouffe les âmes est forcément dégueulasse. Là, le héros-narrateur, Frank Cassidy, "profite" de l’assassinat de son oncle pour creuser son sillon à la recherche de son passé enfoui. Sale boulot. Un véritable chemin de croix pour notre Frank qui plonge dans ses souvenirs gluants. Avec un oncle salopard de première, responsable de son éducation après la mort de ses parents dans un incendie ; avec cet incendie dont il se croit d’ailleurs à l’origine ; avec un "frère" (le fils de l’oncle) aussi fort physiquement que dézingué moralement ; avec la femme de ce dernier, qui maudit le Frank mais ne dirait pas non à une petite sauterie ; avec un présumé-assassin de l’oncle retrouvé pendu sur les lieux du crime, et depuis dans le coma. Que du bonheur. Surtout quand les compagnons de voyage sont une femme au bord de la crise de nerf, son gosse en pleine adolescence sauvage, et un deuxième qui préférerait vivre au pays des dinosaures. Au milieu de tout ça, le Frank avance au jugé, tour à tour enthousiaste et désabusé. Il se torture, se découvre, se disloque et se reconstruit tout au long d’une enquête en équilibre sur le fil du rasoir. L’écriture maîtrisée de Collins aiguise le tout, avec quelques pointes d’humour bienvenues, et un dénouement vraiment tranchant. Magnifique roman.