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La Muraille invisible

Henning Mankel (Seuil Policiers)

mercredi 3 juillet 2002


Et Mankell marque le pas. Les meilleurs peuvent trébucher. A force de courir toujours plus vite, d’accélérer d’un roman l’autre avec les quatre premières aventures de son fameux inspecteur Wallander, Henning Mankell s’essouffle, et finit par buter sur cette Muraille invisible. On peut pourtant créditer Mankell d’un brillant départ. Deux gamines qui assassinent un chauffeur de taxi, sans le moindre remords, apparemment sans autre mobile que "le besoin d’argent". Wallander qui ne comprend plus, comme d’habitude, cette Suède à la dérive. Puis l’une des filles s’échappe du commissariat. On la retrouve calcinée dans un transformateur électrique. Wallander piétine. Wallander remâche aussi sa solitude, cette vie sur laquelle il n’a visiblement plus aucune prise. Terrain balisé. On suit.
Mais à l’image de son héros, Mankell se perd bientôt dans une intrigue tirée par les cheveux et pêche par excès. Pour la première fois, on peine à marcher à cette histoire de complot électronique contre la finance internationale. Côté "méchants", les personnages ne sont guère crédibles. Côte commissariat, l’affrontement avec la hiérarchie et les manoeuvres des collègues virent au cliché du flic seul contre tous. Wallander soumis à une enquête interne, Wallander poussé en touche par son adjoint, Wallander trahi par ses sentiments, Wallander dans le costume mal taillé d’un James Bond sauvant le monde, Wallander frôlant la mort par deux fois, n’en jetez plus. Trop de sucre dans le cocktail, on frise l’indigestion. Comme si Mankell, à force, ne savait plus que faire de son héros. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si, à la fin du livre, il semble préparer la relève. Fin de partie ou simple accident de parcours ?