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Ad Vitam Aeternam

Thierry Jonquet (Seuil)

mercredi 8 mai 2002


"Roman noir". C’est écrit en tout petit, sous le titre de la couverture blanche. Signature de la Série Noire, Thierry Jonquet est cette fois publié dans une collection "littéraire", "Fiction et Cie" du Seuil. Reconnaissance ? Quelle importance ? Les romans de Jonquet, de Mygale à Moloch en passant par Les Orpailleurs sont de grands romans. Ad vitam aeternam rallonge la liste, en travaillant au corps, en travaillant le corps. Sans doute le grand sujet de Jonquet. Pourquoi notre société se fait-elle tant de mal en maltraitant ses chairs, transformées, calcinées, violées, percées ? Pourquoi et comment en arriver là ? Des questions abordées sans grands discours, à travers des intrigues parallèles qui finissent par se recouper, comme toujours chez Jonquet. Des histoires férocement réalistes, piochées dans les faits divers que l’auteur découvre dans les journaux avec une curiosité maniaque, et qui servent à chaque fois de points de départ à ces romans. Pour Ad vitam aeternam, Jonquet est parti de ces curieux artistes qui réalisent leurs oeuvres à partir de cadavres conservés et trafiqués. Ils exposent avec succès, dans des galeries ou sur des sites Internet plutôt courus. Et aussi de ceux qui travaillent plutôt le vivant, à coups de tatouages, de piercing et de branding (au fer rouge...), ces tortures consenties et de plus en plus en vogue. Le thème est extrême, mais Jonquet prend soin de ne pas en rajouter dans la sauvagerie, et tant mieux. Son roman trouve sa force dans cette matière documentaire décrite sans fioriture. Nouveauté cependant, Jonquet ose ici sortir de ce terrain qu’il laboure avec bonheur pour glisser dans le dernier tiers de son roman vers le fantastique et la science-fiction. Tentative casse-gueule. Mais Jonquet s’en sort plutôt bien et parvient même à élever la dimension finale de son roman. Que l’on referme avec une certitude qui ne va plus de soi. Mourir, il faut bien mourir.