Accueil > Chroniques > Les Morts de la Saint-Jean

Les Morts de la Saint-Jean

Henning Mankell (Points Seuil Policiers)

mercredi 8 mai 2002


Il faut le dire et le répéter : l’inspecteur Kurt Wallander, héros de Mankell depuis Meurtriers sans visage, est sans aucun doute le personnage récurrent le plus attachant de la littérature policière des dix dernières années. Un flic humain, trop humain, qui à chaque enquête marche au bord du gouffre, se demandant dix fois s’il ne devrait pas quitter la police ou combien de temps, à ce régime sévère, il peut espérer tenir sans exploser. Car Wallender n’en peut plus. De ravager sa vie privée, de constater chaque jour la déliquescence de son pays, cette Suède qu’il ne reconnaît plus, d’essayer de comprendre en vain, jusqu’à la prochaine horreur, la prochaine marche à descendre qui rapproche forcément de l’enfer.
Les Morts de la Saint-Jean, sa quatrième aventure qui vient de sortir en collection de poche, concentre tous ces ingrédients qui composent une oeuvre unique. Mankell est au meilleur de sa forme, triste mine fatiguée et quête obsessionnelle de la vérité. Avec toujours les mêmes questions. Connaît-on vraiment les gens ? Faut-il pousser plus loin l’exploration, au risque d’avancer dans un cul-de-sac qui ne dévoile rien d’autre que ses propres errances, droit dans le mur quand même ? L’art de Mankell consiste à entraîner le lecteur dans une vertigineuse histoire, en lui laissant toujours une petite longueur d’avance, mais en le ferrant malgré tout. On accepte l’hameçon, on s’en déchire les gencives, mais sans jamais songer à le lâcher. Au bout de ses lignes, Mankell ramène un lecteur aussi essoré que son personnage. Mais qui ne demande qu’à replonger. Les Morts de la Saint-Jean est un pur chef-d’oeuvre.