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1974

David Peace (Rivages/Thriller)

mardi 19 mars 2002


Le héros journaliste de David Peacel’article est "désolé". Edward Dunford, "correspondant pour les affaires criminelles dans le Nord" de l’Evening Post, s’excuse plus d’une centaine de fois tout au long de ce récit sordide. Désolé pour ces assassinats d’enfants qui ravagent des familles, désolé pour son boulot de fouille-merde qui l’oblige à gratter les plaies, désolé pour les filles qui traversent sa vie mais qu’il abandonne en chemin, désolé pour les magouilles politico-mafieuse qui vérolent ce Yorshire des années 1970 où se déroule son intrigue, désolé de n’être finalement que spectateur d’un univers déglingué, d’être seulement un homme barbotant dans l’horreur. La sienne et celles des autres. La même pour tous. David Peace nous propose une virée en enfer. "A cent trente à l’heure", écrit-il. Bien plus en fait. Pied au plancher, toujours. Le style est adhoc. Rupture, ellipse, on fonce. Rien d’étonnant à ce que le bonhomme se réfère souvent au White Jazz de James Ellroyl’article. On retrouve la même radicalité, la même obsession à étaler la fange. Le lecteur en prend plein la gueule. Trop ? On sort de cette histoire éreinté, largué, à bout de souffle. Mais avec la certitude d’avoir découvert un véritable auteur, d’une trempe rare. Comme Ellroy et son Quartet de Los Angeles, David Peace promet un Red Riding Quartet sur son Yorshire, s’étalant jusqu’en 1985. Le cauchemar va continuer. Désolé.