Accueil > Chroniques > La Constance du jardinier

La Constance du jardinier

John Le Carré (Seuil)

vendredi 14 décembre 2001


Une traque, une recherche. Comme toujours chez Le Carré. Mais cette fois, sur les traces d’une morte, Tessa, personnage féminin assez nouveau chez l’écrivain. Quel lièvre soulevait-elle avant son assassinat ? Qui gênait-elle dans sa croisade humanitaire ? Comme son mari, diplomate jusque-là sans tache en poste au haut-commissariat britannique de Nairobi, on cherche à comprendre, on soulève progressivement des coins du voile.
Avec La constance du jardinier, on se retrouve bien dans l’univers du maître de l’espionnage, mais avec quelques suppléments qui faisaient déjà tout le prix d’Un pur espion, écrit quinze ans plus tôt. Comme son précédent chef d’oeuvre, La Constance marque peut-être une nouvelle étape dans la carrière du bonhomme. La quête initiatique de Justin, le mari étonnamment innocent, est plutôt belle. C’est l’intérêt majeur du roman, servi par ce style toujours élégant, d’une exemplaire fluidité. Le Carré excelle évidemment à décrire l’atmosphère feutré de la représentation britannique au Kenya, ses chausse-trapes et ses jeux de dupes. Mais ce sont les tourments de Justin, le mari étonnamment innocent, ses relations avec cette femme qu’il découvre avec une intensité nouvelle, encore plus vivante et présente depuis sa mort, qui font vraiment la différence. Du coup, la charge de Le Carré contre l’industrie pharmaceutique, symbole d’un capitalisme et d’une mondialisation qui déraille, passe au second plan. Cette révolte d’un Le Carré qui sort enfin ses crocs (la sagesse, sans doute...), parfois convenue, n’est pas toujours convaincante. Le Carré l’emporte au final là où on ne l’attendait pas tout à fait, dans un registre introspectif qui sonne juste et beau. La Constance du jardinier n’atteint pas tout à fait les sommets d’Un pur espion, mais s’en rapproche souvent. Ce qui suffit pour en faire un grand livre.