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Nos fantastiques années fric

Dominique Manotti (Rivages/Thriller)

vendredi 14 décembre 2001


On aimait bien Daquin et ses collègues, les personnages des trois premiers romans de Dominique Manotti. Mais notre auteur affirme en avoir terminé avec eux. Dont acte. Dans ces Fantastiques années, on retrouve bien deux flics : la beurette Noria Ghozali et le curieux Bonfils, qui mettent leurs nez dans une sombre histoire de trafic d’armes et d’influence dont le principal acteur n’est autre que Bornand, conseiller privé de Mitterrand et créateur de la cellule antiterroriste de l’Elysée. Manotti poursuit donc son grand ménage dans la sale maison des années tontonesques. Magouilles et corruption à tous les étages. Manotti passe de pièce en pièce, n’épargnant évidemment pas grand monde. Son écriture incisive déchiquette toujours aussi durement. Style sec, détermination froide. Peut-être à l’excès cette fois. Comme Ellroyl’article, à qui la critique la compare pour cet habile mélange de petite et grande histoire, Manotti ne laisse guère respirer, au risque d’étouffer. Ces deux flics par exemple manquent d’un rien d’épaisseur pour qu’on s’accroche vraiment à leur basque. Bien sûr, c’est un peu la règle du genre : tout le monde manipule tout le monde dans ce théâtre de marionnettes. N’empêche. La démonstration est efficace, et Manotti reste au dessus du lot. Mais on ne peut pas s’empêcher de regretter Daquin et ses collègues.