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Toubab, or not toubab

Jean-Claude Derey (Rivages Noir)

vendredi 14 décembre 2001


Bienvenue dans le monde des enfants-vieux. Les principaux personnages de ce Toubab ne dépasse pas la vingtaine d’année, mais ils déroulent déjà des états de sévices de centenaires du crime. Hondo, 12 ans, est sans doute le plus innocents, mais embarqué dans une cavale sanglante, il croise forcément les monstres engendrés par cette Afrique dévastée, qui ne laisse que des lambeaux de dignité à ramasser comme on peut, comme on respire et assassine, comme on vit ici bas. De quels choix disposent les plus ou moins ignobles qui peuplent ce roman ? De ne pas hurler sous la torture, de ne pas dire ce que les toubabs veulent entendre à tout prix, de mourir sans ciller, pour contempler la merde jusqu’au bout.
Ce qui est formidable dans le livre de Jean-Claude Derey, sans doute l’un des meilleurs de cette année 2001, c’est son ton et son rythme. C’est Hondo qui raconte, du haut de son enfance ravagée, avec sa langue impayable. Sous les cadavres, l’humour. Pas l’ombre d’un pathos, mais la bonne rigolade des machines à tuer. Cet enfer fait donc sourire, ce qui décuple la force de cette histoire de damnés de la Terre. Le tout mené tambour battant, sans jamais s’essouffler. Et fonce Marcel, à quoi bon s’attarder. Rien ne change jamais, de toute façon, alors autant passer vite. Et se coucher sans trop se poser de questions. Demain, il devrait faire encore noir.