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L’Absolue perfection du crime

Tanguy Viel (Editions de Minuit)

vendredi 14 décembre 2001


De l’écriture de l’Absolue perfection du crime, sur laquelle nombre de critiques se sont extasiés, applaudissant l’exercice de style, vantant la distanciation maline, de cette écriture, donc, on peut à la limite reconnaître la musique, du moins une certaine musique, de celle qui porte sur les nerfs. En refusant, quelle horreur, de commencer sa phrase par son sujet, pensez donc quelle banalité se serait, on risquerait de croire qu’il ne s’agit pas de littérature, en étirant sa phrase encore et encore, d’une virgule l’autre, pas une fois, pas dix fois, mais une bonne centaine, l’auteur finit bel et bien, bravo, par agacer.
Tanguy Viel écrit donc comme ça, comme le paragraphe précédent. Faut-il lui accorder un immense talent ? On s’interroge. On voit des tics, une certaine préciosité à la mode, plus qu’une réelle virtuosité. La propension, surtout, à tirer souvent à la ligne. Pourquoi ? Pour jouer avec les codes du polar, faut-il comprendre, tous ces poncifs, surtout cinématographiques, tellement enfilés qu’il ne faudrait pas les prendre au premier degré. Un soupçon de Tarantino là (les caïds au hangar), de Cimino ici (le duel version l’Année du dragon), et tous les clichés du polar français des années 1970. Quel finaud, ce Tanguy Viel. Dans le lot, on doit avouer qu’émergent quelques scènes brillantes, comme cette reconstitution de hold-up. Mais l’art du démarquage tourne à vide dans la troisième et dernière partie du livre, parfaitement veine et frisant le grotesque. On doute que ce livre ait connu pareille presse s’il était paru dans une collection noire. De ces 175 pages, on ne retient au final pas grand chose. Les facilités d’un mariolle qui à force de se la jouer se prend les pieds dans le tapis et se ramasse une belle gamelle. Ce qui, c’est terrible, fait toujours rire.