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Le Tueur de temps

Caleb Carr (Presses de la Cité)

vendredi 26 octobre 2001


En 1994, le premier roman de Caleb Carr, l’Aliéniste, était une vraie bonne surprise, immédiatement saluée par le Grand prix de littérature policière. La transposition à la fin du XIXème siècle de la chasse au serial killer fonctionnait à merveille. Dans le prolongement de ce coup d’essai, L’Ange des Ténèbres, on retrouvait les mêmes qualités. Pour son troisième roman, Caleb Carr choisit de ne pas ronronner et se lance dans un roman d’anticipation qui mène ses nouveaux héros en 2024. Point de départ : l’assassinat de la présidente des Etats-Unis par un diplomate afghan, et la réplique militaire américaine sur le pays coupable. Une fiction qui trouve évidemment un terrible écho dans l’actualité de cette fin d’année 2001. Mais passons sur ce point. Car il est plutôt accessoire dans ce roman, écrit l’an dernier. Caleb Carr pose surtout un regard très critique sur un monde dominé par une folle circulation de l’information devenue incontrôlable, Net et satellites de télécommunications obligent. "L’information n’est pas la connaissance", répète-t-il. Impossible, notamment, de vérifier la véracité de nouvelles qui se bousculent à une vitesse sidérante, sans réelle crédibilité, porte ouverte à toutes les manipulations. Idée force : le monde contemple cet incessant ballet sans une once d’esprit critique, se repaît du spectacle, par simple besoin de divertissement. Civilisation de l’information et du loisir vont main dans la main comme deux mômes béats dans une cour de récréation.
Belle fable, si n’était la faiblesse générale qui entoure cette intéressante réflexion. Lorgnant souvent du côté de Jules Verne, Le Tueur de temps dépasse rarement le stade de la BD caricaturale, avec ses personnages sans véritable chair, ses gadgets à deux sous (le vaisseau spatial qui trimbale nos héros aux quatre coins du monde, Nautilus de pacotille qui permet de traverser le récit trop facilement, comme une chenille de fête foraine), ses effets anticipatifs convenus et expédiés en quelques lignes. On finit par feuilleter l’ensemble assez distraitement, sans jamais entrer vraiment dans l’intrigue. Et la conclusion, nunuche à souhait, n’arrange rien. En somme, de bonnes intentions plutôt gachées par un manque de maîtrise, qui laissent le sentiment d’un roman écrit à la va-vite, et sans réelle implication. Dommage.